Le secteur informel en Afrique

Par Yolaine Samantha EPOMA, titulaire d’un Master recherche en Droit privé.

African woman selling in market

Présent dans presque tous les continents, le secteur informel s’est particulièrement fait remarquer en Afrique, au point d’y être perçu par certains comme une règle. En effet, l’ampleur du secteur informel en Afrique est considérable, la majorité des activités qui y sont menées ne sont pas formelles. Il ne serait pas exagéré de dire que l’informel règne sur les économies africaines. Pour certains économistes, il s’agit d’un obstacle à l’économie africaine, une menace, pour d’autres, il s’agit d’une opportunité, un levier de développement. L’existence et l’expansion de l’informel sur le continent sont justifiées entre autres par le manque d’emploi, le manque de moyens financiers, un environnement des affaires jugé inadéquat par les opérateurs économiques, la corruption, les charges fiscales, des pratiques telles que le laxisme dans l’application des réglementations, l’absence d’éducation. La forte démographie fait également partie des causes qui expliquent l’existence et l’importance de l’informel. Il est nécessaire de noter que de nombreux travaux de recherche empiriques ont démontré l’incidence décisive du cadre réglementaire dans lequel opèrent les entreprises sur les résultats obtenus tels que le niveau d’activités informelles, l’emploi et la croissance des économies. 

L’expression « secteur informel » est apparue pour la première fois en 1972 dans le rapport de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui portait sur la mission globale sur l’emploi au Kenya. L’une des principales conclusions de ce rapport fut que, dans les pays en développement comme le Kenya, le véritable problème n’était pas le chômage, mais l’existence d’une importante population de « travailleurs pauvres », donc beaucoup peinaient très durement pour produire des biens et des services sans que leur activité soit pour autant reconnue, enregistrée, protégée ou réglementée par les pouvoirs publics. Le rapport parlait à cet effet de « secteur non structuré ». La mission avait alors avancé l’idée qu’avec une aide et une protection légale minimale, certaines activités de ce secteur pourraient offrir des emplois plus nombreux et plus sûrs. Beaucoup d’études ont été menées suite à ce constat pour mieux comprendre le phénomène du secteur informel, mais il n’existe pas de définition légale, officielle de ce secteur. La notion est explicitée ici et là en fonction des intérêts et des objectifs de recherche. Nous retiendrons quelques définitions. 

D’après le professeur Filiga Michel Sawadogo, parler d’un secteur ce n’est pas très exact, puisque le secteur informel regroupe des activités très variées, pratiquement toutes les activités économiques ont des pans dans le domaine du secteur informel. Il définit ce secteur comme étant l’ensemble des activités économiques qui se font un peu en marge de la légalité, en marge des exigences légales. 

Selon l’économiste Emmanuel Sedegan, pour pouvoir définir le secteur informel il faut d’abord savoir ce que c’est que le produit intérieur brut (PIB). Il s’agit de la somme monétaire des biens et services produits dans une nation pendant une période donnée, de préférence un an ; il s’agit de la richesse créée. Il définit ensuite le secteur informel comme étant cette partie du PIB, de cette richesse qui a été effectivement créée mais qui n’a pas été comptabilisée dans la comptabilité nationale parce que la comptabilité nationale ne pouvait pas saisir ce qui a été fait pour que ces richesses soient créées. D’après lui, c’est seulement la partie officielle, les acteurs économiques qui se sont enregistrés que l’Etat peut évaluer, et le secteur informel c’est la partie non comptable qui ne rentre pas dans la comptabilité officielle de l’Etat.

Du point de vue du professeur Noukpo Agossou, il n’est pas certain que l’approche économique soit satisfaisante en matière de définition du secteur informel, car c’est un secteur qui intègre presque tous les aspects de la vie (la vie sociale, religieuse, économique, culturelle…), rien n’échappe au secteur informel. Selon lui, on ne peut donc pas se contenter d’une définition restrictive, il faut élargir le champ pour avoir une définition satisfaisante de ce secteur.

Pour sa simplicité, nous retiendrons également la définition de l’Institut National de la Statistique (INS). D’après cet institut, « le secteur informel concentre l’ensemble des unités de production dépourvues de numéro de contribuable ou ne tenant pas de comptabilité écrite formelle au sens du plan comptable OHADA ».

Le secteur informel est depuis longtemps une des préoccupations majeures dans les pays africains, à cause de la place dominante qu’il y occupe (I). Il est perçu par certains comme un véritable goulot d’étranglement pour les économies du continent. Soucieux de leur place dans le monde des affaires, de l’attractivité de leur territoire, les pays africains recherchent sans cesse des stratégies pour réussir à maîtriser le secteur informel afin de mettre en place des politiques qui lui sont adaptées, car son expansion agit sur le développement des pays africains (II). La solution la mieux préconisée est de trouver des mesures d’accompagnement pour encadrer ce secteur, faciliter son intégration dans le secteur formel. Autrement dit,  la formalisation des activités économiques informelles (III) est l’objectif principal des Etats africains.

marché informel en afrique

 I  La prépondérance du secteur informel en Afrique

Pour mieux étudier l’importance de ce secteur en Afrique, il est nécessaire de le caractériser (A), avant d’analyser le poids des unités de production informelles dans les économies africaines (B). 

 A  – La caractérisation du secteur informel

Il a été relevé que les activités du secteur informel en Afrique doivent être distinguées des activités illicites ou inciviques et des activités souterraines. En effet, la grande majorité des activités du secteur informel produit des biens et services dont la  production et la distribution sont parfaitement légales, ce qui s’oppose aux activités souterraines et aux activités criminelles ou de production illicite. Cette précision a été faite par des statisticiens dans une résolution adoptée en janvier 1993 par la conférence internationale des statisticiens du travail en sa quinzième session qui ont tenu à clarifier la nature des activités informelles : « les activités exercées par les unités de production du secteur informel ne sont pas nécessairement réalisées avec l’intention délibérée de se soustraire au paiement des impôts ou des cotisations de sécurité sociale ou d’enfreindre la législation du travail, d’autres législations ou d’autres dispositions administratives. Par conséquent, le concept des activités du secteur informel devrait être différencié de celui des activités de l’économie dissimulée ou souterraine. » 

       Les acteurs du secteur informel sont entre autres des commerçants, artisans, ferrailleurs, mécaniciens, plombiers, maçons… S’il est vrai que le cœur des activités informelles se situe dans le commerce, on y retrouve également d’autres corps de métiers. Les activités de transport par exemple, les activités industrielles, de même que les activités ambulantes font également partie des activités informelles. Le secteur informel regroupe une grande partie de la population active en Afrique, c’est une partie de la main d’œuvre productive qui est employée. Ce qui distingue le secteur informel et qui pose problème c’est le fait qu’il ne tienne pas de comptabilité fiable, il est donc difficile de réellement évaluer les activités informelles puisqu’elles ne sont pas déclarées. D’après l’auteur Aly Mbaye, les analyses montrent que les acteurs du secteur informel sont essentiellement des ménages pauvres, plus pauvres que les autres, plus vulnérables que les autres, avec un statut plus précaire que celui des autres, et lorsque la conjoncture est défavorable, on note un regain de dynamisme pour l’informel. L’économie informelle prospère là où sévissent le chômage, le sous-emploi, la pauvreté, l’inégalité entre les sexes et la précarisation de l’emploi.

En général, ce qui permet de distinguer le secteur informel ce sont les conditions de travail, le temps de travail, les revenus. D’après une étude menée au Sénégal, les activités informelles sont souvent exercées dans des conditions inadaptées et dangereuses, les travailleurs et travailleuses sont généralement analphabètes et peu qualifiés. Les travailleurs du secteur informel sont astreints à un temps de travail élevé, pour des revenus très faibles, ils sont exclus du dialogue social et de la protection sociale. Bien plus, les femmes travailleuses sont largement représentées dans les emplois les plus précaires de l’économie informelle. Généralement, les femmes sont plus présentes que les hommes dans l’économie informelle. En réalité, la plupart des travailleurs informels présentent un niveau d’analphabétisme élevé, sont peu qualifiés et ont peu de possibilités de formation ; leurs revenus sont plus incertains, moins réguliers et moins élevés par rapport aux travailleurs de l’économie formelle. Ils sont privés de leurs droits en matière de négociation collective et de représentation, et leur situation professionnelle est souvent ambiguë ou dissimulée.

Les caractéristiques des activités informelles peuvent être résumées à travers la définition de l’auteur Harold Lubel selon laquelle il s’agit d’activités qui ne sont pas généralement enregistrées par les appareils, les services et les recensements statistiques officiels. Echappant très largement aux réglementations administratives, aux systèmes de sécurité sociale et de protection du travail, aux impositions fiscales et n’utilisant guère de comptabilité, elles ne sont pas illégales, mais en dehors de la légalité. On a toujours constaté que le secteur informel au lieu de reculer gagne plutôt du terrain, d’où sa prépondérance dans les économies africaines.  

 B  – Le poids des unités de production informelles dans les économies africaines

Le secteur informel occupe une place dominante dans les économies africaines. C’est une réalité qui a été démontrée à travers de nombreuses études. Certains affirment même que ces activités économiques qui échappent à l’administration fiscale constituent la règle sur le continent africain. En général, le poids du secteur informel dans les pays africains se mesure d’une part dans sa contribution au PIB (1), et d’autre part dans sa participation à la création d’emplois (2).

1- La contribution au PIB des unités de production informelles 

Selon un rapport publié par le fonds monétaire international (FMI) en 2017, le marché informel représente entre 20 et 65% du produit intérieur brut (PIB) des pays d’Afrique subsaharienne. Il ressort également de l’étude faite par le FMI que dans les pays comme l’Afrique du Sud ou encore la Namibie, l’économie informelle varie entre 20 et 25% du PIB tandis que dans d’autres comme le Bénin, le Nigéria, la Tanzanie elle varie entre 50 et 65% du PIB. En Afrique, le secteur informel compte pour 40% du PIB environ, en moyenne pour les pays à faibles revenus ; 35% du PIB environ pour les pays à revenus intermédiaires. L’Afrique subsaharienne est l’une des régions où l’économie informelle pèse le plus avec la moyenne d’environ 38% du PIB entre 2010 et 2014 contre 34% pour l’Asie du sud-est et 23% pour l’Europe. Selon une statistique de la Banque africaine de développement rendue publique en 2015, le secteur informel représente près de 55% du PIB cumulé de l’Afrique subsaharienne.

Comme nous l’avons relevé, la contribution des activités informelles au produit intérieur brut varie en fonction des pays, elle est plus considérable dans certains pays que dans d’autres. En effet, selon l’Institut Nationale de la Statistique, le secteur informel participe pour près de 50% au PIB au Cameroun. L’informel a une part non négligeable dans l’économie camerounaise. Au Sénégal, le secteur informel représenterait 41,6% du PIB selon des études menées par la Direction de la prévision et des études économiques en 2011. Le secteur informel est donc une composante essentielle de la plupart des économies africaines. Il est important de noter que le rapport du Fonds monétaire international a fait ressortir que « la part de l’économie informelle décroit quand le niveau de développement augmente ». La contribution du secteur informel à la création d’emplois permet également de se rendre compte du poids qu’il a dans les pays africains.

2- La participation du secteur informel dans la création d’emplois

Dans les pays africains, la majorité des emplois proviennent de l’informel. En effet, le secteur informel représente jusqu’à 60, 70% d’emplois dans certains pays. En réalité, lorsqu’il s’agit d’emplois informels, les proportions peuvent aller jusqu’à 80, 90% en fonction des pays. Une étude de la Banque Africaine de Développement révèle qu’en Afrique subsaharienne seulement l’emploi informel représente plus de 80% de l’emploi total pour les femmes et plus de 60% pour les hommes. Selon le rapport de la banque mondiale de 2019 sur le développement dans le monde, le secteur informel pourvoit plus de 70% des emplois en Afrique subsaharienne. D’après une étude récente de la Banque mondiale, le secteur informel génèrerait 97% des créations d’emploi au Sénégal. Dans une ville comme Cotonou, c’est 90% des activités qui sont concernées par le secteur informel et 97% de l’emploi selon un rapport du Bureau international du Travail. Au Togo, ce secteur regroupe environ 80% de la population active. En Afrique de l’Ouest, l’informel représenterait environ 75% des emplois. Des études réalisées par l’institut national des statistiques démontrent qu’environ 80% de la population active guinéenne évolue dans l’informel. 

Le secteur informel en Afrique reste omniprésent autant en zone urbaine qu’en zone rurale et c’est lui qui emploie la majorité de la population active et constitue sa principale source de revenus et d’approvisionnement. Toutefois, le fait que ce secteur gagne du terrain n’est pas sans effet sur le développement des pays africains, raison pour laquelle les pouvoirs publics cherchent à le maîtriser.

africa-city-kampala-mosque-1058518

 II  L’incidence du secteur informel sur le développement des pays africains

Même s’il est vrai que le secteur informel présente des aspects positifs (A), il a cependant des impacts négatifs qui constituent un frein pour le développement des économies africaines (B).

 A  – Les aspects positifs de l’informel

Il faut reconnaître que le secteur informel joue un rôle primordial dans le continent africain, il règle certains problèmes spécifiques et comble d’autres besoins. En effet, il est indispensable à la marche des sociétés africaines, il permet d’assurer la suppléance sociale, la suppléance économique et la suppléance éducative. Grâce à lui, des familles arrivent à scolariser les enfants, les nourrir, les faire soigner. Autrement dit, le secteur informel permet à une importante partie de la population active de trouver de quoi vivre ou de quoi survivre. Ce secteur a donc une fonction non seulement sur le plan social, mais aussi sur le plan économique. Il est perçu comme étant un matelas économique et social, car d’une part, les acteurs de l’informel sont capables de se faire leurs propres emplois sans demander de l’aide à l’Etat, et d’autre part ils se débrouillent sur le plan économique. En réalité, les personnes qui sont dans l’informel n’ont pas souvent le choix, ce sont généralement des gens qui manquent de moyens financiers et qui ne sont pas scolarisés ; ce qui fait que c’est à travers ce secteur qu’elles existent socialement et économiquement.

D’après l’économiste Ousmane Birame Sané, le secteur informel en Afrique représente énormément pour l’économie ou le social, parce que quand on regarde le cas du Cameroun, du Tchad, du Ghana ou bien de l’Afrique du Sud, généralement dans ces pays les pouvoirs publics ne recrutent pas assez. De ce fait, le secteur informel reste encore le plus grand fournisseur d’emplois. Il dit appeler ce secteur un « amortisseur social ». Du point de vue de certains spécialistes, le secteur informel permet l’inclusion sociale, la paix sociale, il assure à l’Etat une certaine stabilité sociale, car c’est un secteur où les jeunes diplômés ou les chômeurs essayent de se trouver des activités pour survivre. 

L’un des principaux atouts du secteur informel réside dans sa flexibilité : il est capable de s’adapter rapidement aux besoins du marché visé et au changement de la demande ; la création d’emplois est totalement souple et n’est entravée par aucune barrière réglementaire. L’informel a donc un rôle non négligeable sur le continent, il permet l’inclusion sociale, économique et même psychologique. Toutefois, il a des impacts négatifs qui freinent le développement en Afrique.

 B  – Les impacts négatifs du secteur informel sur le développement des économies africaines

Les effets néfastes de l’implantation du secteur informel sur le développement du continent africain se remarquent principalement sur les plans économique(1), social et même juridique (2). 

1- Sur le plan économique

Sur ce plan, on constate que le secteur informel ne facilite pas l’amélioration du climat des affaires, fragilise la position des pays africains dans le monde des affaires. D’après l’auteur Aly Mbaye, l’une des principales conséquences du secteur informel est le manque à gagner dans les caisses des Etats (manque à gagner fiscal, manque à gagner sur le volet cotisations sociales). S’il représente 60% du PIB dans les pays africains, sa contribution à l’impôt n’est que de 3%, ce qui prive les Etats de ressources pour faire les investissements structurants ou dans les secteurs sociaux. Bien plus, il en résulte une charge fiscale disproportionnée sur les épaules du secteur formel, parce que les acteurs économiques qui sont identifiés et qui payent les impôts constituent finalement une proportion très faible de la population et des entreprises.

L’expansion de l’informel ne favorise pas l’attractivité économique en Afrique, a un impact négatif sur la compétitivité des entreprises. Il est impossible d’avoir des marchés  en restant dans l’informel, car en ce qui concerne la passation des marchés aujourd’hui, l’une des obligations majeures est qu’il faut être administrativement reconnu (côté fiscal). Il est très difficile pour les entreprises informelles d’avoir accès au financement, puisque le financement bancaire se base sur les états financiers et si on ne tient pas de comptabilité il n’y a pas d’état financier. De ce fait, les entreprises informelles ont un faible taux d’investissement et donc un niveau de productivité réduite. L’informel limite le potentiel de développement des économies africaines, car il empêche aux entreprises d’acquérir les compétences managériales modernes, et son étendu crée chez les investisseurs une méfiance en ce qui concerne l’octroi de crédit aux opérateurs économiques. La balance commerciale devient de plus en plus déficitaire à cause des entreprises informelles, puisque ces entreprises ne peuvent pas exporter, et l’exportation impacte également beaucoup sur l’économie. 

Il est important de noter qu’il a été relevé que les principaux effets néfastes de l’informalité pour l’économie sont la faible productivité, la diminution de l’investissement, l’inefficacité du système fiscal, le freinage du progrès technologique, et une série de difficultés à formuler les politiques macroéconomiques.

Le secteur informel est un frein au développement économique en Afrique, car il instaure un mauvais climat des affaires ; d’une part, il concurrence déloyalement les entreprises formelles, ce qui a un impact globalement négatif sur le développement de leurs affaires, d’autre part, il n’encourage pas les investissements directs étrangers. Bien plus, la prédominance du secteur informel en Afrique rend encore l’accès au financement plus difficile sur ce continent, alors que le financement est essentiel pour la création de richesses et le développement économique.

2 – Sur les plans social et juridique

En réalité, sur le plan social, l’informalité a des effets néfastes, car d’une part elle favorise le maintien des acteurs économiques concernés dans la paupérisation, ce qui va à l’encontre des politiques de développement en Afrique. En effet, les emplois offerts par les entreprises informelles sont caractérisés par l’insécurité, la précarité, l’indécence. La plupart des employés dans le secteur informel ne disposent pas d’un contrat de travail, ce qui les expose à une vulnérabilité. Les acteurs économiques évoluant dans l’informel ne bénéficient pas d’une protection légale, ce qui les place dans une situation défavorable. En cas d’accident de travail par exemple, si l’un d’eux est handicapé il ne pourra rien recevoir pour compenser la perte du revenu. La persistance des activités économiques informelles est incompatible avec la réalisation de véritables progrès sur la voie du travail décent. D’autre part, l’informalité a une influence néfaste sur les consommateurs, sur le cadre de vie des populations, qui sont généralement attirés par la proximité et le moindre coût qu’offrent les unités de production informelles. La consommation de certains biens proposés par les unités de production informelles tels que les médicaments et les produits alimentaires par exemple fait courir des risques sanitaires élevés, en raison de leur qualité et origine douteuses. Ces biens ne répondent généralement pas aux normes établies et le conditionnement ou la conservation ne sont pas toujours appropriés.

Sur le plan juridique, il a été relevé que les acteurs informels ne peuvent pas bénéficier des voies du droit, il leur est impossible de faire des procès commerciaux ou d’avoir ou d’offrir des garanties juridiques. Bien plus, l’expansion du secteur informel est un obstacle à l’établissement de relations juridiques stables, condition indispensable pour maintenir un climat des affaires favorable.

Bien que le secteur informel présente des aspects positifs, son implantation, ou encore son ampleur ne favorise pas la croissance des pays africains, peut être une menace pour le développement des économies africaines. Soucieux de l’attractivité de leur territoire, les Etats africains mènent sans cesse des études pour réussir à maîtriser ce secteur et trouver les meilleures stratégies pour faciliter sa formalisation.   

femmes entrepreneures

 III  La formalisation du secteur informel

Les économies africaines sont prisonnières d’un véritable dualisme caractérisé par la coexistence de deux secteurs d’activités, l’un informel et l’autre formel, avec la domination du premier sur le deuxième. L’importance du secteur informel sur le continent est considérable, puisqu’il est très souvent pris en compte dans les politiques destinées à moderniser l’économie. Pour certains experts, l’informel serait une menace pour les économies africaines et devrait être combattu, pour d’autres il est une opportunité et il serait mieux de l’encadrer pour qu’il puisse progressivement migrer vers la formalisation. La deuxième approche est celle qui le plus adoptée. En effet, de nombreuses initiatives ont déjà été engagées tant au niveau international qu’au niveau régional et national pour promouvoir la migration de l’économie informelle vers l’économie formelle. Nous étudierons ici principalement les initiatives de l’organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA) (A). Nous nous appesantirons également sur quelques mesures spécifiques qui sont généralement recommandées dans les pays confrontés à l’informel pour faciliter la formalisation du secteur informel (B).

 A  – Initiatives de l’OHADA en faveur de la formalisation du secteur informel

Organisation intergouvernementale qui regroupe actuellement 17 pays, l’OHADA a pour mission de promouvoir l’investissement en garantissant la sécurité juridique et judiciaire des activités économiques, en vue de faire de l’Afrique un pôle de développement. Elle a pour objectifs principaux de faciliter les échanges et les investissements et de garantir la sécurité juridique et judiciaire des activités des entreprises des Etats membres. Il s’agit d’un outil au service de la croissance et du développement dans un marché en plein potentiel qu’est l’Afrique. C’est donc dans l’optique de la réalisation de ses objectifs que l’OHADA prône la formalisation du  secteur informel en Afrique. L’OHADA tend la main au secteur informel pour l’amélioration du climat des affaires et des perspectives économiques sur le continent. En effet, on constate à l’analyse des réformes de certains Actes uniformes que des innovations sont introduites pour faciliter l’intégration des unités de production informelles et promouvoir leur formalisation.

A titre d’exemples, nous pouvons parler de la réforme de l’Acte uniforme portant sur le Droit commercial général de 2010 et de la réforme de l’Acte uniforme relatif droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêts économiques. Pour ce qui est de l’Acte uniforme portant sur le Droit commercial général, le législateur a introduit à travers elle le statut de l’entreprenant en faveur des acteurs de l’informel. Le statut de l’entreprenant a été introduit pour simplifier la création d’entreprises, réduire le nombre d’unités de productions informelles. Avec le statut de l’entreprenant, des règles plus simples, plus accessibles sont adoptées pour inciter les entrepreneurs qui sont dans l’informel à migrer progressivement vers le secteur formel. En réalité, il s’agit d’un statut transitoire.

En ce qui concerne la réforme de l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, nous pouvons parler d’une part de la réduction du capital minimum requis pour créer une entreprise sous la forme juridique d’une Société à Responsabilité Limitée (SARL) qui est  passé de 1000000 de FCFA à 100000 FCFA. D’autre part, l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales a également rendu facultatif le recours aux services de tiers (services notariés par exemple) dans la création d’entreprises. L’objectif de l’OHADA est de simplifier les règlementations relatives à la création d’entreprises pour restreindre le champ du secteur informel, faciliter l’officialisation des entreprises informelles et promouvoir l’auto emploi et la création d’emplois. Tout dépendra maintenant des résultats obtenus avec ces réformes. En ce qui concerne l’idée de la réduction du capital minimum versé, il a été relevé que l’élimination ou la réduction du capital minimum versé facilite la création d’entreprise alors que la densité des nouvelles activités est faible dans les économies où le capital minimum versé est élevé. Pour ce qui est du statut de l’entreprenant, on note une difficile mise en application, car il n’est presque pas utilisé. D’autant plus qu’il est entendu que chaque Etat partie de l’OHADA doit prendre des dispositions pour inciter les acteurs concernés à se déclarer, d’où le risque que les Etats prennent des mesures diversifiées ou qu’ils ne fassent rien du tout. Il serait certainement mieux d’uniformiser les règles pour favoriser la migration des unités de production informelles vers le secteur informel. Toutefois, l’initiative de l’OHADA est à encourager, car faciliter la création d’entreprise peut réduire le champ du secteur informel et contribuer à l’amélioration du climat des affaires et donc de l’attractivité dans l’espace OHADA.

 B  – Mesures spécifiques pour la formalisation des unités de production informelles

L’implantation des unités de production  informelles dans les pays africains est l’une des préoccupations principales des gouvernements en raison de leur influence sur le climat des affaires. C’est pourquoi de nombreuses études ont déjà été menées pour mieux le cerner et identifier les mesures par lesquelles sa formalisation pourrait se réaliser plus facilement. Nous étudierons ici celles qui ont été le plus recommandées et qui nous semblent le mieux appropriées. D’après les résultats d’une étude menée au Maroc pour analyser le secteur informel et faciliter son intégration par la Confédération générale du Maroc (GCEM), la formalisation des unités de production informelles pourrait être possible si certaines recommandations sont mises en œuvre. On a entre autres l’éducation et la formation, la lutte contre la corruption (digitaliser et numériser les services publics), le renforcement de l’attractivité du Formel via une meilleure compétitivité des entreprises, et l’accompagnement de l’intégration des unités de production informelles à l’économie formelle.

Pour la formalisation, il est également nécessaire d’améliorer l’accès au crédit des économies informelles. Les économistes recommandent généralement d’améliorer la productivité des économies informelles en facilitant leur accès au crédit et aux infrastructures afin de les aider à croître et à devenir formelles. Nous pouvons relever que l’accent doit être mis sur l’aspect fiscal, l’aspect administratif et l’aspect juridique pour une meilleure intégration du secteur informel. Il est nécessaire de promouvoir des réglementations adaptées à la réalité économique africaine et efficaces, d’assouplir les conditions d’accès au secteur informel par le biais de mécanismes simples d’enregistrement et d’améliorer le régime fiscal du secteur informel en développant des mesures institutionnelles et structurelles permettant de mieux répartir le poids de l’impôt sur l’ensemble des opérateurs économiques en fonction de leur capacité contributive.

 Conclusion

Le secteur informel est une importante source d’emploi et de revenu en Afrique, comprendre ses dynamiques devient important pour les politiques et pour les Etats pour réaliser la transformation structurelle des économies et créer des activités plus productives et génératrices de croissance. Même s’il présente certains aspects négatifs, nous sommes d’avis que le secteur informel est un levier de croissance en Afrique, une clé de développement. Il appartient aux Etats africains d’essayer de mieux le maîtriser pour réussir à l’intégrer effectivement dans l’économie formelle. Les avancées qui ont déjà été faites sont louables, et nous pensons que de meilleurs résultats peuvent encore être obtenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *